Positionnement

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Rouleaux imprimés au traceur pour être affiché dans Montreuil.

Emballé par l’idée de pouvoir être utile à l’association en tant que
dessinateur, je commence par pondre une série de dessins satiriques qui
sont publiés sur le blog de l’association des murs à Pêches pour
illustrer des articles contestataires s’opposant au projet immobilier,
avec lequel je commence à être familier. Pour aller plus loin, Pascal
Mage – mon tuteur de service civique – me demande s’il serait possible
de les imprimer et de les afficher dans la ville. Aussi tôt dit,
aussitôt fait. Je me retrouve avec 21 mètres linéaires d’affiches qui
reprennent ces dessins, que je refuse d’afficher, car cela me mettrait dans
une position délicate : mon engagement doit être personnel, et non pas calqué sur celui de l’association pour laquelle je travaille. Dans un soucis d’honnêteté intellectuelle, je commence à
m’interroger et à discuter autour de moi de la situation et du positionnement. 

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Pour essayer d’y voir plus clair, papier et scotch sur mur.

Je commence à dresser un tableau d’ensemble pour comprendre le problème dans sa complexité. Voici les questions desquelles cette visualisation rend compte, et qu’il m’appartient d’élucider pour faire avancer la vision du projet et affiner mon positionnement.

Pourquoi la mairie veut-elle vendre ?

J’ai une discussion croisée avec Pascal Mage et Fabienne Vansteenkiste sur la vision de la ville sous la municipalité. Tous les deux se sont côtoyés au sein de l’association Vivre à Vélo en Ville, créée en 1993, dont l’objet est de défendre la place du vélo comme mode de transport urbain privilégié. Ils se sont retrouvés confrontés l’un à l’autre dix ans plus tard, en prenant parti pour et contre le projet d’écoquartier initié par l’ancienne maire de Montreuil, Dominique Voynet, Pascal en tant que protecteur du site, et Fabienne en tant que membre de la majorité municipale, élue aux transports.

Pour Pascal, la mairie veut vendre parce qu’elle n’a pas la volonté politique de faire vivre ce lieu. Je compare cette situation à la gestion des autoroutes, qui a été confiée à Vinci parce que l’État n’était pas en mesure de gérer ce service public. Pour Fabienne, c’est plus une question d’argent :

C’est pour la ville l’occasion de recevoir un investissement de l’État de plusieurs millions d’euros pour un projet qu’elle sélectionne en tant que membre d’un jury d’appel à projet, dont elle aura rédigé les critères de sélection.

Qui est E.I.F. ? 

E.I.F. est à la fois le nom d’usage du site et le nom de l’entreprise qui exploitait historiquement l’ensemble des locaux. Elle fait aujourd’hui partie d’un Pôle Territorial de Coopération, projet mis en place par le ministère de l’économie pour renforcer les politiques de développement local durable.

Un PTCE, regroupe, sur un même territoire, des entreprises de l’économie sociale et solidaire (ESS) qui s’associent à d’autres entreprises, et le cas échéant à des collectivités locales, des centres de recherche et des organismes de formation. Ensemble, ces acteurs mettent en œuvre une stratégie commune et pérenne de mutualisation, au service de projets économiques socialement innovants, porteurs d’un développement local durable et créateurs d’emplois dans les territoires.

Il m’appartient d’interviewer un maximum des acteurs présents sur le site pour avoir leur avis personnel sur ce passage du public au privé, sur la gouvernance du PTCE, ce qu’il représente pour eux et sur leur degré de connaissance et leur implication par rapport à la direction que prend le projet commun.

  1. E.I.F. – ASTUTE (petite industrie produisant des systèmes d’échantillonnage pour les unités de production de la chimie, de l’industrie lourde, du pétrole et du gaz)

  2. Construire Solidaire (SCIC éco-construction en bois, réutilisation et valorisation)
  3. Collectif Quatorze (architectes urbanistes engagés sur le site des murs à pêches)
  4. Les Jardins de Babylone (Pépinière)
  5. La Queue de Charrue (Association de céramiste grès, raku, et photo-céramique)
  6. La Montreuilloise (microbrasserie locale et respectueuse de l’environnement)
  7. La Factory & Co (architecture, vivre ensemble, urbanisme et projets participatifs)
  8. Alter Batir (Coopérative d’Activités et d’Emploi spécialisée dans les métiers du bâtiment et l’écoconstruction)
  9. Association APIJ (Organisme de formation)
  10. Et d’autres que j’ai peut être oublié…

Le Grand Paris, c’est quoi ?

Cette question doit faire l’objet d’un article entier, mais pour résumer, il est mû par la volonté de Nicolas Sarkozy d’orchestrer le développement économique de la “région capitale”, et de rayonner au niveau international pour faire de la concurrence aux autres grandes villes Européennes. Cela comprend deux chantiers qui se rejoignent, avec premièrement un réseau de transport destiné à relier les communes entre elles et les aéroports aux quartiers d’affaires, accompagné par les Contrats de Développement du Territoire, à travers lesquels l’Etat prête de l’argent aux villes pour construire des équipements autour des gares. Geste par lequel l’Etat “achète” un pouvoir de décision aux communes sur leur territoire. 

Deuxièmement, il s’agit d’un nouveau système de gouvernance dans lequel le maire du grand Paris est élu par les maires des communes, et centralise les compétences autrefois attribuée aux communes.

Pourquoi construire ?

L’arrivée des réseaux de transport à proximité fait augmenter les prix du foncier et de l’immobilier. Je n’ai pour l’instant qu’une compréhension très partielle du sujet.

Au cours de chacune des mes conversations à ce propos, la question de la densité des villes revient comme une racine du problème.

Qui sont les promoteurs ?

Les promoteurs sont REI Habitat, Bouygues Immobilier, AMETIS. J’aimerais les rencontrer.

Et moi dans tout ça ? 

C’est précisément pour tenter d’affiner cette question que je mène l’enquête que tu es en train de lire. Je la partage sur cet espace virtuel par soucis de transparence, et pour me porter garant de la position que j’adopterai, en permettant à qui s’y intéresse de suivre le chemin que j’ai parcouru, lequel j’espère être éclairant pour qui se pose les mêmes questions que moi.

Je démarche des personnes susceptibles de m’apporter un point de vue complémentaire à celui des associations de défense du site et du conseil de quartier, que je connais déjà. Vivan Schindler est une ancienne salariée de Construire Solidaire, société coopérative d’intérêt collectif exerçant son activité sur le site EIF, pour laquelle elle a coordonné la réponse à l’appel à projet de la métropole du grand Paris avec le parrainage de Patrick Bouchain. Cette ancienne “chasseuse d’immobilier” pour la société foncière Eurobail reconvertie dans l’ESS représente une porte d’entrée pour moi : elle me transmet le contact des personnes avec qui elle a travaillé pour répondre à l’appel à projet, et créé le pont entre ces deux milieux opposés sur bien des plans.

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