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Pantin, marionnette.


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Aux Épernons à Montreuil, juin 2017

Crédit photo :
Gérard Faure et Marie Christian.


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Le Clos Sauvage (ancienne menuiserie), Aubervilliers, mars 2017.


Autour d’une table, à E.I.F.

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Réunion des acteurs concernés par l’appel projet résidents à EIF.

La réunion a pour but de se mettre d’accord sur ce qui sera défendu d’une seule voix par les personnes présentes autour de cette table, lors des réunions avec les promoteurs.

Autour de la table sont présents des acteurs du site des murs à pêches dans sa globalité, des membres du comité de pilotage du conseil de quartier, des organismes ayant répondu à l’appel à projet, et certains des acteurs économiques présents sur le site EIF. Le groupe ainsi constitué pense peser un poids auprès du jury dans le choix du projet, puisqu’il est dit dans l’appel à projet qu’il faut les inclure au maximum dans l’élaboration de la réponse.

Léon, de la Collecterie, qui fait partie de deux des trois groupements finalistes, dit n’avoir eu qu’un contact superficiel avec les mandataires, et ne pas connaitre une seule ligne des deux projets. Autour de la table, quatre autres personnes représentant des structures associatives membres de groupements confirment : il y a eu une seule réunion, dont l’objectif unique était de pouvoir dire : on a fait participer les acteurs locaux.

Le principal problème soulevé est la vente d’une parcelle classée, donc inconstructible, faisant passer la gestion de cet espace vert au privé. Les personnes autour de la table se questionnent : dans quel intérêt ? Comment peut-on envisager privatiser ce qui est appelé un “accès au site des murs à pêches” ? Quelles garanties avons-nous de la bonne gestion de cet espace sur le long terme, qui représente 1 hectare sur les 2 hectares vendus ?

Pascal Mage soutient qu’il ne faut en aucun cas construire sur du terrain non-bâti, mais ne s’oppose pas à la rénovation d’E.I.F. tant qu’il n’est pas financé par l’implantation de logements sur les parcelles encore vierges. Le président de l’entreprise E.I.F. ASTUTE, résident dans l’ouest parisien, propose d’envisager une rentabilité globale de l’activité sur le site des murs à pêches, pour éviter d’y voir pousser des immeubles. Cela passerait par de la location d’espace de culture, de l’artisanat et du tourisme.

J’ai la désagréable impression de gêner tout au long de la réunion, et en redescendant la rue, je discute avec Pascal de notre présence autour de la table. Nous comprenons que l’intérêt des acteurs économiques présents n’est pas la préservation des murs à pêches, mais de leur activité. Aussi, ils tentent de s’assurer la coopération de l’association des murs à pêches, qui a déjà fait bloquer de nombreux projets depuis 20 ans sur le site, de “desserrer le frein”.


Positionnement

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Rouleaux imprimés au traceur pour être affiché dans Montreuil.

Emballé par l’idée de pouvoir être utile à l’association en tant que
dessinateur, je commence par pondre une série de dessins satiriques qui
sont publiés sur le blog de l’association des murs à Pêches pour
illustrer des articles contestataires s’opposant au projet immobilier,
avec lequel je commence à être familier. Pour aller plus loin, Pascal
Mage – mon tuteur de service civique – me demande s’il serait possible
de les imprimer et de les afficher dans la ville. Aussi tôt dit,
aussitôt fait. Je me retrouve avec 21 mètres linéaires d’affiches qui
reprennent ces dessins, que je refuse d’afficher, car cela me mettrait dans
une position délicate : mon engagement doit être personnel, et non pas calqué sur celui de l’association pour laquelle je travaille. Dans un soucis d’honnêteté intellectuelle, je commence à
m’interroger et à discuter autour de moi de la situation et du positionnement. 

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Pour essayer d’y voir plus clair, papier et scotch sur mur.

Je commence à dresser un tableau d’ensemble pour comprendre le problème dans sa complexité. Voici les questions desquelles cette visualisation rend compte, et qu’il m’appartient d’élucider pour faire avancer la vision du projet et affiner mon positionnement.

Pourquoi la mairie veut-elle vendre ?

J’ai une discussion croisée avec Pascal Mage et Fabienne Vansteenkiste sur la vision de la ville sous la municipalité. Tous les deux se sont côtoyés au sein de l’association Vivre à Vélo en Ville, créée en 1993, dont l’objet est de défendre la place du vélo comme mode de transport urbain privilégié. Ils se sont retrouvés confrontés l’un à l’autre dix ans plus tard, en prenant parti pour et contre le projet d’écoquartier initié par l’ancienne maire de Montreuil, Dominique Voynet, Pascal en tant que protecteur du site, et Fabienne en tant que membre de la majorité municipale, élue aux transports.

Pour Pascal, la mairie veut vendre parce qu’elle n’a pas la volonté politique de faire vivre ce lieu. Je compare cette situation à la gestion des autoroutes, qui a été confiée à Vinci parce que l’État n’était pas en mesure de gérer ce service public. Pour Fabienne, c’est plus une question d’argent :

C’est pour la ville l’occasion de recevoir un investissement de l’État de plusieurs millions d’euros pour un projet qu’elle sélectionne en tant que membre d’un jury d’appel à projet, dont elle aura rédigé les critères de sélection.

Qui est E.I.F. ? 

E.I.F. est à la fois le nom d’usage du site et le nom de l’entreprise qui exploitait historiquement l’ensemble des locaux. Elle fait aujourd’hui partie d’un Pôle Territorial de Coopération, projet mis en place par le ministère de l’économie pour renforcer les politiques de développement local durable.

Un PTCE, regroupe, sur un même territoire, des entreprises de l’économie sociale et solidaire (ESS) qui s’associent à d’autres entreprises, et le cas échéant à des collectivités locales, des centres de recherche et des organismes de formation. Ensemble, ces acteurs mettent en œuvre une stratégie commune et pérenne de mutualisation, au service de projets économiques socialement innovants, porteurs d’un développement local durable et créateurs d’emplois dans les territoires.

Il m’appartient d’interviewer un maximum des acteurs présents sur le site pour avoir leur avis personnel sur ce passage du public au privé, sur la gouvernance du PTCE, ce qu’il représente pour eux et sur leur degré de connaissance et leur implication par rapport à la direction que prend le projet commun.

  1. E.I.F. – ASTUTE (petite industrie produisant des systèmes d’échantillonnage pour les unités de production de la chimie, de l’industrie lourde, du pétrole et du gaz)

  2. Construire Solidaire (SCIC éco-construction en bois, réutilisation et valorisation)
  3. Collectif Quatorze (architectes urbanistes engagés sur le site des murs à pêches)
  4. Les Jardins de Babylone (Pépinière)
  5. La Queue de Charrue (Association de céramiste grès, raku, et photo-céramique)
  6. La Montreuilloise (microbrasserie locale et respectueuse de l’environnement)
  7. La Factory & Co (architecture, vivre ensemble, urbanisme et projets participatifs)
  8. Alter Batir (Coopérative d’Activités et d’Emploi spécialisée dans les métiers du bâtiment et l’écoconstruction)
  9. Association APIJ (Organisme de formation)
  10. Et d’autres que j’ai peut être oublié…

Le Grand Paris, c’est quoi ?

Cette question doit faire l’objet d’un article entier, mais pour résumer, il est mû par la volonté de Nicolas Sarkozy d’orchestrer le développement économique de la “région capitale”, et de rayonner au niveau international pour faire de la concurrence aux autres grandes villes Européennes. Cela comprend deux chantiers qui se rejoignent, avec premièrement un réseau de transport destiné à relier les communes entre elles et les aéroports aux quartiers d’affaires, accompagné par les Contrats de Développement du Territoire, à travers lesquels l’Etat prête de l’argent aux villes pour construire des équipements autour des gares. Geste par lequel l’Etat “achète” un pouvoir de décision aux communes sur leur territoire. 

Deuxièmement, il s’agit d’un nouveau système de gouvernance dans lequel le maire du grand Paris est élu par les maires des communes, et centralise les compétences autrefois attribuée aux communes.

Pourquoi construire ?

L’arrivée des réseaux de transport à proximité fait augmenter les prix du foncier et de l’immobilier. Je n’ai pour l’instant qu’une compréhension très partielle du sujet.

Au cours de chacune des mes conversations à ce propos, la question de la densité des villes revient comme une racine du problème.

Qui sont les promoteurs ?

Les promoteurs sont REI Habitat, Bouygues Immobilier, AMETIS. J’aimerais les rencontrer.

Et moi dans tout ça ? 

C’est précisément pour tenter d’affiner cette question que je mène l’enquête que tu es en train de lire. Je la partage sur cet espace virtuel par soucis de transparence, et pour me porter garant de la position que j’adopterai, en permettant à qui s’y intéresse de suivre le chemin que j’ai parcouru, lequel j’espère être éclairant pour qui se pose les mêmes questions que moi.

Je démarche des personnes susceptibles de m’apporter un point de vue complémentaire à celui des associations de défense du site et du conseil de quartier, que je connais déjà. Vivan Schindler est une ancienne salariée de Construire Solidaire, société coopérative d’intérêt collectif exerçant son activité sur le site EIF, pour laquelle elle a coordonné la réponse à l’appel à projet de la métropole du grand Paris avec le parrainage de Patrick Bouchain. Cette ancienne “chasseuse d’immobilier” pour la société foncière Eurobail reconvertie dans l’ESS représente une porte d’entrée pour moi : elle me transmet le contact des personnes avec qui elle a travaillé pour répondre à l’appel à projet, et créé le pont entre ces deux milieux opposés sur bien des plans.


Positionnement

Emballé par l’idée de pouvoir être utile à l’association en tant que dessinateur, je commence par pondre une série de dessins satiriques qui sont publiés sur le blog de l’association des murs à Pêches pour illustrer des articles contestataires s’opposant au projet immobilier, avec lequel je commence à être familier. Pour aller plus loin, Pascal Mage – mon tuteur de service civique – me demande s’il serait possible de les imprimer et de les afficher dans la ville. Aussi tôt dit, aussitôt fait. Je me retrouve avec 21 mètres linéaires d’affiches qui reprennent ces dessins, et je me rends compte que je ne suis pas dans une position confortable. Par honnêteté intellectuelle, je commence à m’interroger et à interroger autour de moi sur le positionnement à adopter.

J’ai une discussion croisée avec Pascal Mage et Fabienne Vansteenkiste sur ces questions. Tous les deux se sont côtoyés au sein de l’association Vivre à Vélo en Ville, créée en 1993, dont l’objet est de défendre la place du vélo comme mode de transport urbain privilégié. Ils se sont retrouvés confrontés l’un à l’autre dix ans plus tard, en prenant parti pour et contre le projet d’écoquartier initié par l’ancienne maire de Montreuil, Dominique Voynet, Pascal en tant que protecteur du site, et Fabienne en tant que membre de la majorité municipale, élue aux transports.

Ce qui ressort des discussions, c’est


MURS A PÊCHES

Communication et positionnement / printemps – été 2017

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Vistite du site concerné par l’appel à projet du Grand Paris “réinventons la métropole” par les membres du conseil de quartier Signac – Murs à Pêches, Montreuil 2017.

Adieu Montreuil, bonjour le Grand Paris ! Cette étude raconte, à travers mon service civique au sein de l’association Murs à Pêches un moment important de l’histoire du site : un projet de vente aux promoteurs privés de trois parcelles du site historique sur 1,9 hectares appartenant jusqu’alors au domaine public. Comment une communauté rassemblée autour de l’amour d’un lieu et de la volonté de le préserver peut-elle s’épargner de devenir un des dommages collatéraux d’une politique nationale ?

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Brief

Décembre 2016, je reçois un appel de Pascal Mage, président de l’association Murs à Pêches à Montreuil, pour qui j’avais réalisé une oeuvre pendant l’été. Il me propose un service civique pour tenir à jour le blog. 

Un mois plus tard, j’accepte la proposition assiste à une réunion tenue à la maison de quartier Marcel Cachin par un groupe de travail du conseil de quartier Paul Signac – Murs à Pêches. Je débarque en observateur dans un débat qui m’échappe : les participants sont réunis pour discuter de la rédaction d’une lettre ouverte à Patrice Bessac, maire de Montreuil, lui demandant le retrait d’un projet immobilier sur le site. J’y apprends l’existence d’un concours organisé par la société du Grand Paris : “Inventons la métropole du grand Paris”, dans le cadre duquel deux hectares de terrain vont être vendus à des promoteurs, pour la construction de logements et d’un pôle d’économie sociale et solidaire.

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Usine EIF, photo utilisée par la société du grand Paris sur le site du concours “inventons la métropole”.

Le projet porte un nom : réhabilitation de l’usine EIF, et voici la présentation qu’en donne le site internet de l’appel à projet.

La reconversion de l’usine EIF et de ses abords présente un fort enjeu de régénération urbaine, au sein d’un ensemble paysager unique. La transformation du site de 1,9 ha sera un catalyseur de la valorisation patrimoniale, culturelle et agricole du quartier des Murs-à-Pêches, territoire emblématique de l’histoire horticole du plateau de Montreuil. A l’articulation de quartiers d’habitat social, de lieux de détente et d’équipements structurants, il bénéficiera de nouvelles mobilités avec les prolongements de la ligne de tramway 1 et des lignes de métro 1 et 11, renforçant son attractivité à l’échelle métropolitaine. 

Les participants au groupe de travail pointent plusieurs problèmes à la lecture de l’appel à projet. Premièrement, le site proposé représente une surface de 1,9 hectare, soit 19 000 m² sur lesquels seuls 4076 m² sont bâtis. Une partie de la surface fait partie du site classé en 2008 au titre de monument et patrimoine, elle représente à peu près 3900 m² inconstructibles. Les promoteurs pourront donc construire sur environ 11 000 m² de terrain de parcelle historique des Murs à Pêches.

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Un autre problème, c’est que le PLU de la ville sera mis en compatibilité avec le projet retenu, alors que c’est précisément ce document qui est sensé réglementer les constructions. Dans le même temps, une grande campagne de concertation est menée par la municipalité depuis quelques mois, en communicant la promesse d’un choix possible : “quels quartiers veut-on ?” Les habitants impliqués dans les deux projets se sentent pris en otages d’une campagne de communication municipale. Même si – après quelques recherches – l’adaptation du PLU en vue d’accueillir un projet immobilier est une pratique courante et légale, elle est ici considérée comme une violation morale de cette promesse.

Par ailleurs, certaines associations et petites entreprises artisanales

actuellement présentes sur le site de l’usine EIF ont à la fois signé la lettre ouverte et participé à l’appel à projet duquel elles demandent le retrait. Cette position les mets en porte-à-faux ces structures vis-à-vis des membres de leur groupement, des co-signataires de la lettre, et légitimité. Voici l’extrait d’un mail de Frèdéric, pour l’association “Sens de l’Humus” adressé à ce sujet à ses partenaires :

La logique actuelle est le faire et l’occupation, et généralement à des fins lucratives, si on ne fait pas, si on n’occupe pas ou si ça n’a pas de valeur lucrative directe, on considère que c’est mort ou que ça n’a pas d’intérêt. Il serait temps de penser que la vie a existé avant nous et qu’elle a toutes les chances d’exister après, surtout si nous continuons allègrement, comme c’est le cas, à détruire les écosystèmes qui nous ont permis d’apparaître.

Je suis désolé de cette forme de mon propos un peu véhémente, mais je pense que venir, avoir des projets sur ce site engage et nous engage. Et ça me semble important de marquer ça fortement. Nous pensons globalement que le projet du groupement peut être compatible avec l’esprit du site, c’est pour ça que nous nous y sommes rattaché, mais nous pensons aussi que les enjeux actuels le dépasse et c’est aussi pour ça que nous participons à ce courrier et à la défense de ce site.


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