Empalhador da rua

Les
extrêmes de la société brésilienne.

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Acteurs
et rôles

Joachim
Prompsy –  Peinture de rue.

Contexte

Une
grande majorité de la population brésilienne vit dans une situation
financière très précaire. Fraîchement débarqué, et ne parlant
pas la langue, je désire comprendre ce à quoi les personnes
concernées par ce problème commun se rattachent, qu’est-ce qui leur
donnent de l’espoir, qu’est-ce qui leur permet de garder leur dignité
et la volonté de s’en sortir malgré tout.

Passant
tous les jours par la même rue, une scène étrange retient à
chaque fois mon attention : des empailleurs de chaises
travaillent dans la rue, à même le sol d’un retour de trottoir –
certainement pour des questions stratégiques car ils bénéficient
d’une grande visibilité. À côté d’eux, un autre groupe d’hommes
semble refaire le monde à longueur de journée, mendiant de quoi
s’acheter des bières.

Problématique

Comment
initier un dialogue enrichissant dans une langue que je ne connais
pas ?

Parti
pris

J’utilise
la peinture comme porte d’entrée, pour faire naître une relation
entre mes interlocuteurs et moi, et je le met dans une situation où
il sera de toute façon nécessaire de débattre.

Action

J’ai
dessiné les personnes assises au pied du mur toute la journée :
un garçon qui répare et empaille des chaises, et un des homme
faisant partie du groupe qui s’y retrouve pour discuter. J’ai
dessiné des bulles de parole vides au dessus de chacun des
personnages, et j’ai demandé aux deux modèles de me dicter une
phrase à leur faire dire sur la fresque. Le garçon a commencé :
« Sans travail, tu n’es rien. » Cette assertion, violente
car indirectement adressée à l’autre homme, m’a choqué. Je l’ai
montrée à ce dernier qui a pris un quart d’heure à répondre :
« mais avec dieu, je suis tout.‘ »

J’ai
beaucoup appris sur le Brésil cette après-midi.

Méthodologie

J’ai
commencé à peindre les personnes présentent sans qu’elles ne s’en
rendent compte, et une fois qu’elles avaient compris le sujet de ma
fresque, nous avons engagé un dialogue, nourri par l’avis des
passants, leur donnant une raison de s’intéresser à eux, et eux de
s’intéresser à moi, me sentant légitime de leur poser des
questions, pour apprendre ce que j’avais à savoir.

Observations

Le
résultat de la fresque est pour moi autant l’interaction créée
sur le moment que le résultat graphique. Mon principal intérêt est
l’interaction humaine qu’elle créé, de confronter les expériences
et les personnalités des passants. Plus tard, j’ai compris qu’au
Brésil, le fait d’être dur avec quelqu’un n’est pas toujours
considéré comme un mal, car les brésiliens n’hésitent pas à
commenter et à juger les actions de chacun. Ici le message était en
réalité aussi plutôt bienveillant : l’enfant répétait la
doctrine de son père fermement, sur laquelle il mise sûrement son
avenir, pour que son voisin trouve un travail et s’en sorte.

Effort/
Résultat

Une
après-midi de travail. Cette fresque a eu un certain retentissement
dans le quartier, auprès de cette communauté et de la communauté
des graffeurs.